Quand le tempête approche
- 5 avr. 2025
- 7 min de lecture
Mais que s’est il donc passé…?
Pour que La Cavalière ferme ?
Il y a trois ans, je publiais sur la page de La Cavalière une note intitulée "Clap de Fin".
A ce moment là, j'ai tenté de donner des infos mais les choses étaient encore très à vif et je n'avais pas le recul indispensable pour faire cela.Si vous me l’accordez, je vais maintenant pouvoir vous donner quelques explications. Je ne rentrerai pas dans les détails techniques, parce qu’en soi ça n’a pas d’intérêt, mais je pense que pour comprendre l’enchainement, il faut reprendre du début.Les professionnels qui relèveront les oublis et les raccourcis me les pardonneront.
Ce n'est pas facile de parler de ces moments, il y en a beaucoup où j'ai du faire des choix dont je ne suis pas fière mais pour lesquels les options étaient limitées.
Chapitre 1 : ✨La cessation de paiement✨Décembre 2021 Quand une entreprise se rend compte qu’elle n’a plus assez d’argent pour faire face à ses charges, elle entre en « cessation de paiement ».Par exemple, si le 20 du mois vous voyez que vous ne pourrez pas payer à la fois les salaires et les fournisseurs… Et que vous n’avez pas d’échappatoire, il y a un point de non retour. La pandémie, l'incertitude des grands salons, les difficultés financières que les gens rencontrent : les commandes se sont ralenties mais les charges ont continué et se sont accumulées. À un moment donné, il faut savoir regarder les choses en face : Le chiffre d'affaire que nous faisions ne suffisait plus à payer les sommes dues. Dès lors, il devient nécessaire signaler au tribunal de grande instance votre difficulté financière.Le tribunal estime ensuite ce qui doit être fait et prend une décision. Dans mon cas, le tribunal a proposé la mise en liquidation.Il faut savoir que c’est une obligation du responsable de l’entreprise (patron, gérant, fondateur… peu importe) que de signaler la cessation de paiement. En cas de dissimulation, le responsable risque des poursuites et ça peut être grave. Moi tout ça, je ne le savais pas… On n’en parle pas beaucoup, de ce versant de la vie d’un entrepreneur. Avant que je comprenne comment ça s’articule, il y a eu un paquet de nuits sans sommeil et de recherches google. Je me suis battue longtemps, des mois, cherchant à faire remonter le chiffre d'affaire, essayant de faire des économies. J'ai arrêté de me payer un salaire pour payer le reste. J'ai fini par m'épuiser.Heureusement, j’ai autour de moi des gens qui sont passés par là, qui ont tenté de répondre à mes questions et qui m’ont aidée. Grosso modo, une fois la prise de conscience faite, j’ai « digéré » ça pendant 15 jours, entre Noel 2021 et Nouvel An 2022. J’étais bien dans l’impossibilité d’assurer les paiements, j’étais en « Cessation de paiement ». Me voilà donc, un matin de janvier, munie de mon dossier, devant le tribunal de grande instance. Je n’en menais pas large. J’avais une mine affreuse et pour cause : aveu d’échec, peur des conséquences, je devais admettre que je ne m’en sortais plus et le faire dans un endroit intimidant qui n’inspire pas vraiment l’enthousiasme |
Je me souviens avoir pris un selfie ce jour là juste avant d'entrer. Ce jour où j’allais devoir accepter de tout lâcher. J’avais le coeur serré. J’avais déjà parlé de la situation avec Raphaele, ma salariée mais aussi mon amie et je me sentais réellement comme une grosse m*rde. Elle était concernée en premier lieu. Je ne la remercierai jamais assez d'avoir su faire preuve de compréhension et de ne pas m'en avoir voulu. |
Le tribunal m’a accueillie avec beaucoup de gentillesse et presque avec bienveillance. J’ai été reçue, on m’a écoutée, on a enregistré mon dossier et donné une date d’audience.J’ai compris à cet instant que ce qui était un cataclysme pour moi, était leur routine. Et que déposer le bilan, ça arrive à beaucoup de gens. |
Chapitre 2 : Le dépôt de bilanJanvier 2022 Dans une salle du tribunal, nous avons été reçues, on m’a demandé des explications, je les ai données, le juge a décidé. Une fois l’audience passée, la liquidation de l’entreprise était actée, sans retour en arrière possible. Nous avions dorénavant interdiction de travailler dans les locaux, de se servir des machines ou d’utiliser des tissus. Tout devait rester en l’état. Les comptes ont été bloqués. J’ai perdu tout contrôle sur les choses : des huissiers se sont chargés de comptabiliser les biens de La Cavalière, de les évaluer puis ils ont été mis en vente. L’argent issu de ces ventes à servi à payer certains fournisseurs, une partie du salaire… Je n’ai pas le détail, personne ne m’en a informée. L’argent est allé directement sur les comptes des huissiers.Les autres se sont vus dans l'obligation d'effacer les dettes restantes. Ca non plus, je n'en suis pas fière. |
Je suis passée d’un état d’esprit d’entrepreneuse, à la position de passagère, spectatrice. J’ai regardé des étrangers estimer des machines que j’avais choisies avec soin, les fils de la meilleure qualité, les tissus… Mes trésors.Tout ça est parti. Tout ce qui avait été acheté avec l’argent de La Cavalière a disparu, vendu pour une fraction de son prix réel. Ne parlons même pas de sa valeur sentimentale. Le seul soulagement que j’ai ressenti à ce moment là, c’est que Raph a racheté l’essentiel du matériel et que je savais qu’avec elle, ce serait entre d’excellentes mains. Ces étapes ont pris quelques mois, entre janvier et mai 2022. C’est à la fois très long et très court, mais à l’issue de ce processus, je me suis retrouvée dans un atelier vide, assise sur mon canapé de salon de jardin en plastique, à me demander ce que j’allais devenir. |
Chapitre 3 : le coup de massueFévrier 2022 Quand j’ai déposé le bilan, il n’y avait pas de « pôle emploi » pour le responsable d’une entreprise : pas de chômage pour moi. Les choses ont un peu évolué depuis pour les créateurs d'entreprises. Et comme je ne me sortais plus de salaire depuis déjà quelques temps, non seulement j’étais vidée de tout matériel, mais en prime, je n’avais pas un sou en poche. C’est à ce moment là que j’ai ouvert ma boite aux lettres. C’est une erreur : il ne faut jamais ouvrir sa boite aux lettres… Dedans il y avait un courrier de ma banque, intitulé : « Mise en demeure ». Et le chiffre en gras dans la lettre aurait fait pâlir n’importe qui.Car oui, j’ai signé des cautions personnelles lorsque j’ai financé des choses auprès de la banque pour La Cavalière (des machines, Equitalyon…) Prendre à la légère ce genre d'engagement, c’est facile : on signe un emprunt de quelques milliers d’euros, on pense que tout va bien se passer, on signe sans vraiment lire les petits caractères, on se porte caution. C’est une grosse erreur : je suis dorénavant responsable de ces dettes et je dois les rembourser jusqu’au dernier centime. Et pompon sur le gâteau : le juge vous stipule bien qu’une fois la liquidation faite, vous n’avez pas le droit de re-créer une entreprise dont l’activité serait la même… Ce serait trop simple… On liquide, on efface les dettes et on recommence au propre. Ben non. Non seulement je n’avais plus de travail, plus un sou, mais je venais de descendre de plusieurs crans sous le zéro, je croulais sous les dettes et je n’avais plus le droit de faire ce que je sais faire. Maintenant que j’écris tout ça, je me rend compte que 2022 a vraiment été une année pénible. Pour couronner tout cela, mon chien, mon Goliath, celui qui était à mes cotés depuis si longtemps a commencé à décliner et s’est éteint dans mes bras en juillet 2022.Pénible séparation que de perdre son ombre. |
Conclusion J’aurai pu conclure cette lettre terrible en disant qu’à ce moment là, je n’avais plus rien.Plus de travail, plus d’honneur, plus d’argent, plus de raison de me lever le matin. C'était vrai, mais ce serait oublier de parler d’une autre facette de 2022. Une facette qui a tissé des liens incroyables, qui m’ont délicatement portée vers un « autre-chose », un « différent ». Qui m’a donné les ressources émotionnelles et matérielles de ne pas sombrer et de me relever. Je vous en parlerai bientôt, c’est promis. Mais depuis que j’ai appris ce qu’est un « cliffhangers » je ne vais pas me priver d’en créer un ! La prochaine lettre recèle des rebondissements inattendus. Et je prévois de l’envoyer courant Avril ;) |
Je veux juste ajouter un petit mot pour remercier ma famille et mes proches (je sais qu’ils me lisent, ils se sont tous inscrits sur la lettre, je vous vois !).Dans ces moments difficiles que je viens de résumer, ils ont été tout à la fois : déménageurs, psychologues, piliers, amis, fontaine inépuisable de soutien et de whisky... Jusqu'à noyer ma peine tout en essuyant mes larmes. Ils ont été là pour tout, quel que soit mon état. Entre ceux qui m’ont raconté leurs propres dépôt de bilans avec beaucoup d’émotion, même 25 ou 30 ans après, ceux qui ont appelé comptables, juristes et huissiers de leurs relations pour me donner des infos, ceux qui m’ont juste invitée à manger et à parler d’autre chose, ceux qui m’ont dit « viens marcher, ça aère la tête » et ceux qui m’ont tenu la main quand j’ai du laisser partir Goliath, à aucun moment je n’ai été seule et c’est peut être cela qui m’a sauvée. Merci pour ça. Je regarde tout cela avec sérénité maintenant, mais à ce moment là, je ne tenais qu'à un fil : j’ai du laisser des commandes en plan même si nous avons fait notre possible pour fermer proprement, j’ai déçu certaines clientes. Je n’avais pas d’autre option. J'en suis désolée. Si vous avez dans votre entourage quelqu'un qui passe par là, ou que vous avez connu ça vous-même, vous savez combien ça peut mettre une vie en miettes.
Merci d’avoir lu jusqu’ici. C’est complexe de parler de ces sujets, c’est ouvrir la porte à des reproches pour n’avoir pas assuré ma mission, mais je compte sur votre bienveillance. Prenez soin de vous. N P.S : Dites-moi si vous avez la patience d’attendre la suite ou si vous préférez que j’outrepasse le rythme d’une lettre par mois.Elle est déjà écrite, mais j'ai promis de ne pas faire exploser vos boites mails. |




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