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Apprivoiser l'ipséité

  • 9 juin 2025
  • 5 min de lecture
Les boucles infinies...

Je suis déjà presque en retard sur la lettre de juin, mais je vais me rattraper. Ma dernière lettre se finissait sur mon nouvel emploi, un chien fraichement débarqué et une vie à reconstruire. Les deux ans qui ont suivi sont plus ou moins des boucles d’apprentissage : se concentrer sur son travail, apprendre, recommencer. Se concentrer sur les problèmes de comportement de Laika, apprendre, recommencer. (Essayez de tenir un chien de 50kg qui tire en laisse au croisement de congénères, c’est très parlant comme expérience…) Ça n’a rien de stimulant, quand je le décris ainsi, mais c’est absolument nécessaire. Et si ça donne l’impression de tourner en rond lorsqu’on le vit, en réalité, c’est une spirale : à chaque boucle l’environnement s’élargit et l’esprit s’adapte.


Chaque journée est un pas de plus vers l’espoir du « ça va se calmer, ça va se poser ».Par contre, ça mange une énergie considérable et ça ne laisse pas la place à grand chose d’autre qu’un « mode survie » ou une espèce de marche forcée, où avancer est la seule chose qui compte réellement. Pas beaucoup d’occasions de se poser et de réfléchir au sens de la vie, dans ces moments là, elle n’a pas beaucoup de sens, la vie.

J’ai commencé à sortir la tête de l’eau l’année dernière. Peut être la quarantaine qui approche à grands pas, peut être que j’avais fini de faire mes boucles de spirales ou que j’ai eu droit à une pause, mais d’un coup, la vie s’est ralentie et j’ai pu regarder un peu autour de moi, légèrement aveuglée, comme si je sortais d’une grotte ou d’un long tunnel.


Redevenir amie avec moi.

J’ai eu plus d’espace mental, plus de recul. J’ai eu le temps de quelques discussions avec moi même.

Comme si une partie de moi avait décidé de reprendre un peu de place et de m’inviter à une pause et à un du repos.


A force de polir mon quotidien pour recréer une routine, j’avais de nouveau de l’énergie pour la créativité.

C’était balbutiant, irrégulier, mais bien réel.


J’avais farci mes journées d’habitudes délétères, il a donc fallu se débarrasser de ça et créer de nouvelles habitudes, un ménage symbolique pour faire du rangement dans ma tête, et un ménage au sens propre…


A commencer par… Un atelier fonctionnel !


Le retour de la poussière…

Mes machines (les 2 machines qui me sont restée car elles dataient d’avant la Cavalière) étaient sous la poussière (plus ou moins), dans le grenier, dans une pièce sans fenêtres, un peu étouffante et guère avenante.


Pas étonnant que je n’ai aucune envie de m’y mettre pour coudre. J’ai donc décrété un beau matin que sans un atelier agréable, il n’y avait aucune chance que je me remette à quoi que ce soit : On passe donc par la case travaux ! (Oui encore…)


Un mur ou deux en moins, un peu de placo, de peinture, une bonne caisse d’électricité et… Un parquet ancien que je décide de poncer…



Autant vous dire que ces deux lignes descriptives ont pris deux bons mois de travail.

Dont un weekend mémorable ou j’ai remué tous les volontaires dispo qui ont fini à quatre pattes à gratter les coins et recoins des 35m2 de plancher…


Mais enfin, me voilà à nouveau installée dans un atelier accueillant, lumineux et même si certaines choses manquent encore, fonctionnel !


"Tit-Bichon" est un chat. Et donc elle se couche toujours LÀ OÙ IL NE FAUT PAS...
"Tit-Bichon" est un chat. Et donc elle se couche toujours LÀ OÙ IL NE FAUT PAS...

Ces travaux ont été un long processus aussi, mais je commence à avoir l’habitude de prendre les choses comme elles viennent et arrêter de me projeter trop fort, trop loin.


Certaines d’entre vous avaient pris les devants pour envisager un nouveau manteau quand ce serait possible et j’ai déjà eu le plaisir d’en envoyer vers sa propriétaire, l’atelier est donc inauguré et validé.


J’étais très intimidée de l’envoyer et j’attendais avec impatience l’avis de sa commanditaire.


Il faut dire que même si je n’ai pas oublié comment confectionner un manteau, j’étais un peu rouillée quand même…


Le corps est étonnant toutefois : une fois dans le mouvement et dans la danse des étapes de couture, je n’ai pas eu besoin de réfléchir : tout s’est déroulé avec beaucoup de fluidité et une espèce d’aisance venue des dizaines (centaines ?) d’heures passées à faire les mêmes gestes.


Et c’est là le message que j’avais en tête en prenant la plume (le clavier) aujourd’hui. Un petit message tout bête, mais qui pris tout son sens pour moi : tout dans la vie ne peut pas être rapide. Il nous faut accepter ce que nous sommes - intrinsèquement - plutôt que de courir en tous sens à projeter une satisfaction prochaine, une « qui va arriver » mais qu’on oublie de savourer quand elle se présente.


Et pour définir ce qui, précisément fait que chacun est « soi », il y a un mot. Un joli mot qui glisse sur la langue et que j’aime beaucoup : l’ipséité.


Je crois que ces dernières années et même ces derniers mois, c’était ça l’essence de mon travail personnel : apprendre et accepter mon ipséité, lui trouver une place, sans sacrifier certaines facettes de moi, celles qui sont moins reluisantes, ou plus cabossées, arrêter de classer, séparer des parties de moi et me rendre à l’évidence : c’est un tout.


Et la couture, la confection est l’une de ces facettes.


Alors voilà.


Après toutes ces étapes, les fournisseurs sont re-contactés, les machines sont re-branchées, les épingles, le mètre, les ciseaux sont rangés.


Il y a maintenant de la place dans ma tête, dans mon quotidien et dans ma maison pour faire des vêtements et je suis très heureuse de m’y remettre.


Ces 4 dernières semaines, j’ai fait deux manteaux, c’est un bon rythme pour ne pas vous faire trop attendre, ni empiéter sur mes tâches professionnelles.


Malheureusement, je n’ai plus la machine à broder, et je n’ai pas l’intention d’en racheter une (c’est onéreux comme machine, ça prend beaucoup de place, c’est bruyant et c’est sensible…) mais heureusement, je peux toujours faire des flex et ainsi pousser la personnalisation de vos manteaux et vestes jusqu’aux moindres détails, mais également refaire des pièces calligraphiées de la collection « Sho-Do » que j’aime beaucoup et que je prend grand plaisir à faire.


Avis aux amatrices, celles qui souhaitent discuter d’un projet peuvent me contacter par mail, celles qui ont juste envie de faire un coucou aussi, ça me fait toujours grand plaisir de vous lire. Merci d’ailleurs à toutes celles qui m’ont envoyé un mot, ça me touche beaucoup ! Dans ma prochaine lettre, je vous parlerai d'un projet complètement fou, auquel j'ai essayé de dire "non", mais sans y arriver... Je vous souhaite une bonne soirée ! N

 
 
 

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