Avancer, quoiqu'il arrive
- 16 avr. 2025
- 8 min de lecture

Dans la lettre précédente, je me suis arrêtée sur une image : je me souviens être assise sur un canapé en plastique, dans un atelier suspendu et figé, le regard hagard et la tête pleine du brouillard de l’inconnu…
Et je fais quoi maintenant ?
Chapitre 4 : Se relever Hiver 2022
Rapidement, j’ai compris qu’en déposant le bilan, j’allais devoir retrouver du travail en tant que salariée. Le plus vite possible parce que la banque n’attendrait pas : elle a un ordre d’exécution !
Avec l’interdiction de ré-ouvrir une entreprise ayant la même activité que La Cavalière et vidée de toute énergie, je me voyais déjà aller faire des frites au MacDo. Et si je n’ai absolument rien contre les gens qui travaillent à faire des frites, c’était juste pas l’idée la plus enthousiasmante du monde à cet instant. Mais j’avais trop de dettes, trop d’ennuis pour rester inactive, au risque de m’enfoncer encore un peu plus dans les problèmes. J’ai fait un CV. On était en février 2022 Mais tout ce que je sais faire, ce sont des choses difficiles à transposer chez un « patron » ! Je sais faire une foultitude de choses totalement inutiles…! Vu que j'apprend assez facilement seule et que je suis plus bornée qu'une pierre. Je suis une experte en calligraphie latine et en histoire de l’écriture. La belle affaire… Je sais créer, patronner, coudre des vêtements, mais personne n’embauche de couturière, surtout que je suis hyper spécialisée et pas terrible sur le reste (ne me demandez jamais de vous faire un ourlet sur un rideau, vous allez attendre deux ans). Je suis une ancienne entrepreneuse, diagnostiquée sur le spectre autistique, dotée d’un caractère bien trempé et qui n’a pas sa langue dans sa poche, surtout quand elle pense avoir raison…Certes, j’apprend vite, mais convaincre un employeur que je peux apprendre un métier sur le tas, c’était un peu osé. |
Quel boss serait assez dingue pour embaucher quelqu’un comme moi ?
Parmi mes amis, il s’avère que j’en ai un qui travaille comme senior consultant dans un cabinet de recrutement. Je l’ai donc contacté. Je pensais lui demander des conseils, peut être de relire mon CV et de me donner quelques pistes. Rien que ça, j’étais pas très à l’aise de l’appeler à la rescousse. Il faut dire qu’il aurait eu des raisons de m’esquiver. J’ai cabossé bien des amitiés et des gens de valeur pendant cette période. Dont lui. Et bien d'autres. |
Il m'a rappelée dans la journée et m'a estomaquée. |
Chapitre 5 : Faire confiance et sauter dans l'inconnu Printemps 2022
Au lieu de me faire une liste à la Prévert de ce que je pourrais améliorer sur mon CV, il m’a proposé un job. « Il faisait face à un surcroit de travail » Gna-gna-gna-trop-de-travail-gna-gna-gna-besoin-d’aide-pour-trouver-des-candidats…
Une jolie fable. Il voulait me tendre la main et il l’a fait. Il m’a proposé un CDD de quelques semaines histoire de me remettre en selle. J’ai respiré un grand coup, j’ai mis mon syndrome de l’imposteur dans un mouchoir, ravalé mes larmes et j’ai accepté.
J’ai commencé mon nouveau travail à la fin-février. La boule au ventre. Intimidée.
Et j’ai été bénie d’un télétravail quasi quotidien, à l’exception de quelques journées à Strasbourg (à 60km de chez moi) pour apprendre les bases, j’ai pu travailler depuis le confort de mon domicile.

D'ailleurs, mon "domicile" à ce moment là, c'était l'atelier - vidé de tout ce qui appartenait à La Cavalière. C'est à dire, presque tout sauf une vieille Singer de 1986, quelques meubles et mon fameux canapé de salon de jardin. Heureusement que ma famille n'a pas cessé de me soutenir et n'a pas décidé de se débarrasser de l'endoit. Par contre, à ce moment là "confort de mon domicile" c'était un grand mot. Il a fallu bien des heures à faire des travaux, bien des tutos Toutube et de l'huile de coude pour en faire un endroit agréable à vivre. Ça n'est d'ailleurs toujours pas terminé, 3 ans après ! La salle de bain était littéralement au fond du garage, les Wc aussi Mais je ne voulais pas partir et le perdre lui aussi - cet atelier paquebot. Je voulais rester, si je pouvais. J'ai aimé cet endroit à la première seconde où je l'ai visité, j'ai eu ce sentiment fou qu'il avait un vrai potentiel malgré son apparence délabrée.
Je voulais rester.
Et ce nouveau travail me le permettait.
D'ailleurs l'avenir m'a donné raison ;)
Chapitre 6 : Se renouveler
J’ai donc commencé à travailler avec F. mon ami, devenu nouveau patron.
Il m’a accompagnée pour comprendre mes nouvelles tâches et je suis devenue « chargée de recherches ».
Mon rôle consiste à débusquer les meilleurs CV et les meilleurs candidats pour des postes complexes.
J’appelle ça « les moutons à 5 pattes » et les « zèbres à pois bleu ».
En gros, j’écrème les bases de données, je repère les CV des gens qui cochent toutes les compétences que recherche notre client (une entreprise qui veut recruter) et je contacte ces personnes pour leur proposer le poste.

Ça demande de bien comprendre le rôle pour lequel on recrute, dans quel environnement il évolue, quelles sont les difficultés etc, d’aborder les gens avec finesse, d’être réactive et pro-active. C’est du Linkedinois pour dire « se bouger ». C'est une langue que j'ai eu du mal à apprendre, le Linkedinois. Alors que je parle de Facebookien couramment. C’est assez passionnant, je dois l’admettre. Un travail de l’ombre, sans cesse en mouvement, demandant d’être créative et imaginative pour trouver des pistes de recherches, de la ressource pour pas s'épuiser et de l'endurance pour arriver à travailler "seule" chez moi même quand ça ne se passe pas comme j'aimerai.
Dans la foulée, j'ai rencontré de nouvelles personnes, de nouvelles collègues (même si on travaillait à distance - coucou E !), de nouveaux amis. Tout était nouveau. C'était épuisant, mais c'était stimulant. Et manifestement, j’ai dû apprendre vite, puisqu’à l’issue de mon CDD « de charité », il m’a proposé un CDI. Le vent tournait pour moi. Ce CDI m’a permis de négocier un échelonnement avec la banque et son terrifiant courrier de « mise en demeure ». On a trouvé un arrangement qui me rend pauvre pendant encore des années mais qui temporise et me permet de passer à autre chose sans me battre devant les tribunaux pour défendre une cause que j’aurai perdue.
Chapitre 7 : On se pose, on range les choses Été 2022
Vers l’été 2022, j’étais donc toute absorbée par mes nouvelles fonctions.
Apprendre encore un métier, c’est stimulant mais comme c’est déjà le 4e ou le 5e de ma vie, disons qu’il m’a fallu un peu de temps pour y trouver mes marques.
La banque calmée, j’ai continué à remonter les manches pour faire quelques travaux légers et peux coûteux, histoire de me sentir un peu plus à la maison et un peu moins en camping dans l’ancien atelier.
Là aussi, j’ai eu de l’aide. Beaucoup d’aide.
Passer un coup de peinture, chiner des tapis, récupérer des meubles...
Les gens qui viennent chez moi sont toujours surpris d’apprendre que je n’ai acheté presque aucun de mes meubles : ils étaient tous destinés à la déchetterie… Les autres ont été trouvés sur MarketPlace pour quelques euros.
Le canapé avait une tache qui est partie au nettoyage. Les tapis n’allaient plus avec la déco moderne de leur ancien propriétaire, je les ai juste lessivés, le buffet m’a été donné, la table de salle à manger en chêne dormait dans une grange avec ses 8 chaises et la gazinière était dans le fond de mon garage, couverte de poussière… Chacun a son histoire !
Même les plantes vertes sont de la récup !
Ça a pris forme petit à petit. C’est devenu ma maison, mais je continue de l’appeler « l’Atelier ».
Je m'y sens bien, c'est un peu de bric-et-de-broc, mais ça me ressemble

Chapitre 8 : le cycle de la vie Automne 2022
En Juillet, j’ai perdu mon chien.
J'en ai déjà parlé, mais j'ai volontairement omis un "détail".
Beaucoup diront que c’est anecdotique, mais c’était un compagnon du quotidien qui avait arpenté toutes les étapes cruciales de ma vie avec moi et sa perte a laissé un gros trou sombre dans ma poitrine.
Le voir s’étioler sur plusieurs mois a été difficile. Lui toujours guilleret et énergique a perdu pièce par pièce sa santé, malgré tous mes efforts.
L’âge pesait trop lourd je pense. Le pancréas ne faisait plus son travail.Trois ans après, j’ai toujours les yeux qui piquent.
« Je ne reprendrai pas de chien tout de suite, j’ai envie de liberté et quand j’en reprendrai un, ce sera un petit, comme ça je l’emmènerai partout ! ». Huhuhu…Tu parles, Charles…

Un mois après, voilà que déboulait dans ma vie un tout petit chien adorable qui avait - à la base - juste besoin d’une famille d’accueil pour quelques semaines.
Enfin, elle m’est pas tombée dessus comme une pluie de printemps ! On l’a propulsée dans la maison en me disant :
«Ses maitres s'en sortent plus. Ils vont la larguer à la SPA. Et un chien comme ça n’en ressortira pas. T’as de la place, ton appart est compatible chien, prend-la en famille d’accueil, le temps que je la fasse adopter, tu verras elle est cool ».
« Elle est pas encombrante, c’est une petite femelle »
(Ouais, mais c'est un kangal. Elle fait sa bonne cinquantaine de kg...)
15 jours après son arrivée, je faisais les papiers d’adoption définitive et dorénavant je suis l’heureuse propriétaire d’un gros chien, avec un caractère borné et qui a la fâcheuse manie de ronchonner pour à peu près tout.Mais qui aime tout le monde.Elle aussi était un peu cabossée par la vie, on s’est bien entendues tout de suite.Elle a rempli la place vide laissée par la disparition de Goliath, elle m'a forcée à reprendre les longues balades en forêt et on a créé de nouvelles habitudes.
D’ailleurs, elle aboie sur le même petit chien blanc que Goliath… Il a du lui laisser des consignes et elle les suit avec application en faisant trembler mes vitres à heure fixe tous les jours.
Conclusion
Comme au théâtre : Le décors est planté, les personnages sont présentés, l’action peut commencer ! Je vous ai résumé en quelques pages l’année qui a marqué le tournant le plus important pour moi et les deux facettes que j’en ai retenu :
La disparition de ce que je j’aimais profondément, mais aussi le renouveau et les bénédictions qui m’ont été données de pouvoir me redresser.
Dans la prochaine lettre, je vous parlerai du chemin qu’a pris de l’envie de coudre avant de réapparaitre, mais aussi de l’envie d’écrire et comment aujourd’hui je peux rendre ça possible. Au moment ou j'écris ces lignes, nous sommes sur le point de terminer les travaux dans le "nouvel" atelier (AKA mon grenier !), je me réjouis de pouvoir enfin remettre les machines en marche dans de bonnes conditions et, pourquoi pas, de réouvrir quelques commandes. Je vous en dirai plus bientôt.
Merci de m’avoir lue.
Prenez soin de vous ! N
Post-scriptum |
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J'envisage très sérieusement de "ré-ouvrir" quelques commandes. Et je suis sure que vous vous posez la question : "Mais si t'as pas le droit de re-créer une entreprise, tu veux faire comment ??" Eh bien, il y a une petite subtilité : Je n'avais pas le droit de ré-ouvrir une activité identique immédiatement après la liquidation... Mais aujourd'hui, les choses ont changé : je suis salariée à temps plein depuis 3 ans. L'interdiction n'est là que pour empêcher les malveillants de profiter du système en faisant effacer des dettes excessives par la procédure de liquidation. Dans mon cas, le temps a passé, ma liquidation n'était pas une manoeuvre pour feinter l'état, il n'y a plus de problème à ce que j'aie une activité partielle, à coté, sur mon temps libre. Il va de soi que je ne pourrai pas reprendre le rythme d'avant ! mais caler un ou deux manteaux/vestes/polaires par mois, c'est faisable. Il va me falloir acheter à nouveau une grosse quantité de matériel, ça va devoir se faire petit à petit, mais je sais maintenant que je n'ai pas perdu la main... Le manteau que j'ai dupliqué pour la cliente qui m'a appelée l'hiver dernier me l'a prouvé ;) Si vous aviez en tête de faire réaliser un manteau, sentez vous libre de me contacter : l'adresse mail qui envoie ces lettres reçoit les réponses. De toute façon, la couture c'est trop imprimé dans mon ADN pour que j'arrive à m'en détacher, même quand j'essaye. |



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