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4 Avril 2019

  • 28 mars 2025
  • 5 min de lecture

LA DÈCHE TOTALE.


Ce matin, c'était la dèche totale. La vraie.


Du genre ou t'allume ton téléphone encore dans ton plumard, bien au chaud dans tes vapeurs de sommeil avec un chien qui ronfle à tes coté. Même pas la cafetière qui chante pour te faire relativiser, rien.


A sec, direct.


Mais qu'est ce qui me prend aussi d'ouvrir mon application bancaire en même temps que les yeux collés de m'être couchée trop tard ?


En plus, il neige... Le weekend dernier, je promenais les chiens en teeshirt en soufflant comme un phoque et aujourd'hui il neige ?


Mais il me prend que je SUIS entrepreneure... Je dors, je vis, je mange entrepreneure et si je ne le fais pas, je n'ai aucune chance d'arriver à quoi que ce soit.


Par corrélation, la première chose que je fais le matin et la dernière chose que je fais le soir - sauf ce soir, je suis trop colère - c'est checker mes comptes et les traites inhérentes. Débit, crédit, solde.


Parce que oui. On peut donner l'image d'une boite stable, bien ancrée et en vrai flipper chaque fois qu'on ouvre ses mails ou ses applis bancaires de savoir si demain on pourra bosser ou pas.


Et ce matin mon compte en banque me disait : "tout ce que t'as fait ces 4 derniers mois, ça compte pour peanuts, tu peux te brosser ma grande, retour case départ".


Je ne vous cache pas que d'habitude je communique sur l'immense sentiment d'accomplissement que l'entrepreneuriat me donne, sur combien je me sens épanouie dans mon job, combien j'aime relever mes défis quotidiens...


Aujourd'hui, je vous dévoile la face cachée de la lune : le "tu ne l'avais pas prévu". Avec les clous rouillés.

Mais commençons par le commencement...


Hier soir, un jeune futur entrepreneur, de ceux qui ne se doutent pas encore qu'ils sont faits pour ce job a fait l'erreur de m'offrir un bon repas et un (deux) verres de vin. Au cours de la conversation,, j'ai souvent pensé à mon père et à l'éducation qu'il m'a transmise.


Mon père est un commercial qui serait capable de vendre un peigne à un chauve. Et quand j'était petite et que je voulais un vélo, il me fallait argumenter sur 12 pages pour l'obtenir.


Autant vous dire qu'une fois qu'on a compris comment ça fonctionne, cela se révèle très utile dans la vie active... Toutefois, son mot préféré était " il faut vendre quelque chose de qualité à quelqu'un qui en a besoin". Heureusement...


Et hier, j'ai fait preuve de toute ma persuasion commerciale... J'ai argumenté, balayé d'un revers d'épaule les difficultés, j'ai souligné l'état d'accomplissement que procure l'entreprenariat, j'en ai vanté les mérites, pire que la chambre de commerce ne peut le faire (je devrai déposer un Cv à l'occase...) Je me suis déployée en tant que "chef d'entreprise" rompue à toutes les épreuves, bardée de ma maigre expérience, auréolée de mes microscopiques succès.


Vazy mon gars, si t'y crois assez, tu abattra des montagnes et tu t'accomplira. Crois moi...


J'ai fait l'erreur n°1... Me bercer d'illusions.


Et ce matin, l'illusion avait cédé la place à une réalité beaucoup moins glorieuse, beaucoup moins flamboyante, vachement plus concrète.


Et c'est cela que ce soir, je veux mettre en mots.


J'ai beau donner l'illusion d'avoir la science infuse, d'avoir un moral à casser des cailloux entres les fesses, d'avoir exactement un plan prévu sur 25 ans que je suis à la lettre sans aucune anicroche, c'est faux.


En vrai j'en sais rien...!


En vrai, la seule chose que je fais c'est que lâcher ma boite et redevenir salariée, c'est la dernière option avec crever de faim.


C'est tout.


Ce que je veux mettre en mots ce soir, c'est que peu importe combien vous aurez chiadé votre business plan, il y aura toujours un grain de sable pour enrayer le mécanisme.

Un grand savant, un médium aura beau vous dire que la route est toute tracée, le seule personne qui tient la barre, c'est vous, c'est toi, c'est moi.


A chaque seconde.


Que certains matins, j'ai envie de tout foutre par la fenêtre et de devenir carreleur, parce que ça c'est un métier dont je peux anticiper toutes les facettes (que je crois ouais, laissez moi mes illusions !) que certains matins, j'ai envie de buter ma banquière, que j'ai envie de foutre le feu à son agence quand elle me prélève l'exacte somme que j'avais allouée à ma prochaine commande de tissu - en frais


Que tenir son coeur encore palpitant dans mes mains fait partie des rares choses qui me redonnent le sourire. Je sens déjà le sang dégouliner entre mes doigts...


Et puis il faut bien se lever, faire couler ce *utain de café - à défaut de sang humain - et affronter cette journée.


En étant d'une humeur de dogue à qui on a piqué son os, en ayant des étincelles de colère qui crépitent au bout des cheveux, il faut bien aller ouvrir l'atelier, répondre aux messages, certains niais - faire des devis et en sourdine se creuser la cervelle pour trouver une solution au problème.


Et la journée se passe. Puis dans la voiture, au retour - vous n'imaginez pas combien je bénis ce temps de trajet, ce sas durant lequel je peux cogiter sans limite - dans la voiture donc, j'appuie sur un bouton et j'enclenche le "feel-good-CD".


J'enclenche et j'écoute. Les kilomètres passent et je relativise. Je me souviens que je n'ai plus rien à perdre : j'ai déjà tout lâché...

J'écoute la musique et mon front se détend.

J'écoute la musique et une ébauche de sourire me revient.

J'écoute la musique et je me remémore certains conseils, certains moments, certaines profondeurs d'âmes.


Je met en perspective.


J'écoute la musique et me revient cette énergie sans fond que j'avais hier encore, cette combativité extrême, celle qui me dit d'y aller, de pousser le bouchon ! De toute façon, t'as

plus rien à perdre : tu n'as déjà plus rien dont la valeur se quantifie avec de la monnaie...


T'as plus un rond, t'as pas de maison à saisir, pas d'actifs, pas de valeurs !


Après tout, qu'est ce que t'en a à foutre que les banquiers dans leurs costumes bien pensants, ornés d'une cravate s'inquiètent de tes compétences ?

Qu'est ce que t'en a à foutre ?

Ils ne vivent pas dans le même monde que toi !

C'est toi qui les fait vivre...

Car sans tes aléas, sans tes découverts, sans tes déconvenues, ils n'existeraient pas !


La seule chose que tu as et eux pas, c'est du cran. En tout cas espérons-le !


Que tu aies du cran.

Car il ne te reste que ça.


Parce qu'il va en falloir demain pour ouvrir cette satanée application bancaire et affronter la journée. Parce que la seule personne qui peut influer sur cette situation c'est toi.

Mais demain est un autre jour.


Parce que demain, il y aura du café et la musique.

Parce que demain soir c'est le weekend et que samedi, je vais jouer avec une grosse pelleteuse (oui, je sais piloter une pelleteuse, que voulez-vous... Ca me réjouis)

Parce que demain est un autre jour et qu'entreprendre ne peux pas être un chemin de roses.

Parce que c'était ça la leçon du jour : ne considère jamais rien comme acquis.

Bats toi.

Encore.

Et si tu échoues, bats toi plus fort.


Les huissiers te trouveront toujours, tant qu'ils ne sont pas devant la porte, tout va bien.

J'ai pris rendez vous avec une autre banque. Car l'actuelle ne "me mérite pas". Y'en a plein des banques.

Et je l'emmerde. Grand modèle !


Belle soirée

I got stamina.

J'ai de l'endurance.

et celui qui te fait croire qu'entreprendre, c'est facile, c'est qu'il ne l'a jamais fait.



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