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30 Juillet 2019

  • 28 mars 2025
  • 3 min de lecture

Aujourd'hui, ça fait mille jours que j'ai ouvert ma boite.

Mille jours.


C'est tellement irréel. Il y a mille jours, ma vie était totalement différente. Je venais de perdre mon job, un poste "de rêve", avec une paie à la hauteur et les horaires de fous qui vont avec. Et le stress...


Il y a mille jours, si vous m'aviez posé la question, je vous aurai répondu que j'étais heureuse. Je le pensais sincèrement.


Et puis parfois, la vie s'amuse à te déstabiliser. Elle met un grand coup de pied dans tes certitudes et te regarde essayer de nager sur le sable en t'étouffant à moitié comme un poisson hors de l'eau.


Oui, la vie a parfois un humour étrange.


Après m'être débattue pas mal, je me suis rendue compte que je pouvais respirer.


Et la respiration, la première inspiration après avoir eu le sentiment de tout perdre, ce fut comme une renaissance.


Je me souviens précisément de cet instant, ou mon esprit a bifurqué et s'est remis à croire que l'avenir n'était pas un sombre magma d'ennuis mais un vaste champs des possibles.


C'était il y a mille jours.


Depuis, il y en a eu des instants d'apnée, des grands souffles d'air, des respirations suspendues ou haletantes, des hauts.

Des bas.

A nouveau des hauts.

Des envies, des espoirs, désespoirs.


Des verres de vins, des soirées à refaire le monde seule. Des heures à me poser des questions existentielles, des décisions difficiles, des risques pris ou évités.


Des traits de génie, des erreurs monumentales.

Je me suis aperçue récemment que j'avais presque cessé de vous parler à coeur ouvert, parce que vous commencez à m'intimider... Vous êtes nombreux ici. Et moi je suis juste toute seule derrière mon clavier.


C'est difficile de se dévoiler en publique comme ici, de parler de ses états d'âme sans tomber dans le pathos. De taper alternativement sur des touches et de se dire que derrière mes mots, il y a des gens, assis sur leur canapé ou dans le métro, qui vont lire cela.


Qui vont porter un regard sur ce que j'ai choisi d'écrire.

Mais finalement, quand on fait mon métier et de la façon que j'ai choisi de le faire, accepter d'être vue comme ce que je suis, ça fait partie des obstacles à surmonter malgré ma timidité et ma pudeur.


Alors voilà : je suis artisan.


Je suis à la tête d'un tout petit navire qui me donne le sentiment de pouvoir aller explorer les confins du monde mais je ne suis vraiment pas grand chose.

Une trentenaire avec ses cernes, ses fatigues et ses ronchonnements. Qui a appris son métier sur le tas en autodidacte, qui essaye comme elle le peut de s'amuser tous les jours et de se lever chaque matin avec le sourire et la joie chevillée au coeur.


Une femme avec un caractère bien trempé mais des fragilités bien ancrées, qui tous les matins ouvre son classeur de commande et couds pour vous.


Qui partage un café avec ma collègue en discutant des tâches du jour et en se molestant d'avoir oublié de commander le biais noir pour finir le manteau de Mme Schmidt.


Qui se pique avec des épingles, lâche son ouvrage pour répondre au téléphone, passe le balais et la serpillère, une fille obstinée qui a décidé que l'avenir se forge de ses mains en avançant un jour à la fois.


Et aujourd'hui, c'était le millième jour que je décidais de me lever pour faire ce qui me passionne dans la vie :


Etre entrepreneur.

Etre couturière.

Etre libre.

Et pas une seconde je ne le regrette


Je vous souhaite une belle soirée.

Nora



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