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19 Juin 2019

  • 28 mars 2025
  • 4 min de lecture

"Avance, avance, ne te retourne pas, garde bien en tête ton but et ton feu sacré, avance.

Pose un pied devant l'autre, avance en te jouant des écueils, des difficultés. Apprends.


Avance, vois grand.


Vis chichement peut-être mais ne perds pas de vue tes rêves."


J'ai vu bien des sortes de regards quand j'ai eu l'heur de partager mes "mo-to" à haute voix.


Certains étaient effrayés, pris d'une espèce de panique à l'idée que je puisse à ce point tout mettre dans la balance, tout mettre en jeu - mais oui - que voulez-vous, je n'ai jamais rien su faire à moitié... Soit je le fais, soit je le fais pas.


Certains étaient condescendants, à me regarder de haut en pensant presque à voix intelligible que j'étais décidément bien idiote de me lancer là dedans.


Certains étaient paternalistes, à vouloir me donner des leçons alors qu'eux même n'ont jamais monté leur boite ou alors il y a si longtemps que le fax était une technologie récente...


Certains étaient indifférents, à ne pas se soucier de ce genre de lubie, ça lui passera, z'inquiétez pas, quand elle en aura marre elle se trouvera un vrai job, elle est pas conne, elle peut.


Sérieux les amis, j'ai jamais autant bossé de ma vie que ces trois - presque quatre - dernières années... Jamais aucun autre de mes jobs ne m'en a demandé autant en terme d'endurance, de constance, de débrouillardise, de castagne à me battre et à apprendre à clamer haut et fort des "NON" retentissants et des tout petits "oui" timides.


J'ai jamais eu à relever de défi aussi immense que monter Cavalière. Y'en a eu pour tous les gouts ! Créer les patrons, sans savoir le faire, apprendre à les monter, sans avoir de machine, trouver des fournisseurs, sans avoir de marge de négociation, vendre, sans avoir de boutique, de légitimité, de budget. Et le lendemain, recommencer.


Dire oui - dire non. Se tromper, recommencer encore.


Et demain encore.


Négocier avec des comptables, beaucoup trop de comptables ! refuser l'échec du fond de mes tripes chaque matin, accepter la critique, demander pardon, demander de l'aide, ne plus arriver à masquer mes cernes, ne plus rien avoir dans le frigo. Se demander comment on va tenir un jour de plus.


Un simple jour de plus.


24 heures à la fois.


Marcher comme un zombie, tenir la chose à bout de bras et partager ça autour d'un verre - en vrai ou au téléphone - avec de belles personnes, de celles qui t'insufflent de l'énergie pour tenir un jour de plus. Des amis, des anges. Des gens simples ou de grandes fortunes, peu importe, des gens qui m'aiment. Qui se cachaient dans des endroits fort discrets mais qui sont là.


Motiver ma collègue et - oserai-je dire - mon amie. Faire couler plus de cafés que je n'ai de commandes dans le planning et apprendre que c'est pas grave, ça va passer. Sourire à des cons et parler à pire encore.


Savez vous qu'il m'est arrivé de recommencer 5 fois la même jupe, pour une femme dont je n'avais pas compris la morphologie ? Sans moufter. Défaire et refaire, c'est toujours faire !


C'est frustrant mais c'est le job.


Il m'est arrivé d'avoir tellement mal calculé mes prix que je mettais de ma poche à chaque fois qu'un article se vendait.


Il m'est arrivé de payer avec ma carte bleue personnelle le tissu dont j'avais besoin pour honorer une commande parce que la boite n'en avait pas les moyens. Et du coup de ne pas faire les courses.


Il m'est arrivé de pleurer toute la nuit, de rage et d'impuissance.


Il m'est arrivé de prendre ma voiture pour rentrer chez moi avec le moral tellement à zéro que je pensais pas tenir une minute de plus et d'arriver 30 minutes après à destination avec une motivation de tueuse et un smile de 5 km de large, juste en écoutant le bon podcast.


Ce matin, après des mois de boulot, j'avais rendez-vous avec ma banque.


Mon MacBook Pro en bandoulière, mes tableurs à jour et mes graphiques en couleur.


Ce matin, pour la première fois, je n'ai pas eu à supplier, je n'ai pas ravalé ma fierté, je l'ai étalée toute grande sur le bureau de verre trempé, avec une satisfaction non feinte et parfaitement sincère. Je savais de quoi je parlais.


Je pouvais décrire avec précision ma cliente type, je la connais sur le bout des doigts : ça fait 4 ans que je lui cause tous les jours...


Je pouvais répondre à toutes les questions.


J'aurai pu décrire l'année prochaine avec tellement de précisions que ma banquière en aurait vomi.


Ce matin m'a été offerte ma plus belle victoire : ça y est, je suis officiellement et définitivement une entrepreneuse dans l'âme.


Ca y est. Je marche au rythme des adultes, le vrai jeu commence, on va pouvoir accélérer le mouvement.


Enfin !

Le vrai jeu commence.

Et maintenant, je suis armée.



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