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15 Mars 2019

  • 28 mars 2025
  • 5 min de lecture

Autour de moi, il y a plusieurs entrepreneur(e)s.


Et de temps en temps, on se boit un verre, un coca, un café.


De temps en temps, on lâche nos urgences ultra-vitales et on ose prendre un peu le temps de se reconnecter au reste du monde.


De temps en temps on papote au téléphone. Souvent en voiture, même si on sait qu'on n'a pas le droit, que c'est dangereux, qu'on ne devrait pas.


L'une en allant chercher sa petite dernière à la crèche, l'autre en faisait ses courses, son créneau devant la Poste. Celle qui a eu le temps de prendre une douche est presque fière de le raconter ! Ne parlons pas du Brushing...


Les mails aux banques, les cabinets comptables. Les clients normaux et leurs demandes, les commandes, les factures, la routine.


Se lever, appuyer sur le bouton magique faisant surgir le café bienfaisant, conduire en réfléchissant à sa semaine. Se demander comment on a passé ce chemin sans s'en souvenir... Et cette priorité à droite, on l'a marquée ? Je ne sais plus.


Arriver, relever le courrier et les messages, enchainer. Tenir bon, tenir tête. S'énerver.

Recevoir des compliments, n'en tenir compte que d'une oreille car on pense déjà à toutes ces commandes qu'on a pas encore honoré, se demander ce qu'on va cuisiner ce soir - et merde, j'ai pas fait les courses - répondre au téléphone qui sonne pour la 6e fois.


Ouf, il est 10h.

Café.


En un soupir il est 18h30. Le chien attend sa promenade, les courses ne sont toujours pas faites, la crèche t'a laissé 3 messages parce que t'es en retard, mais qu'importe.


Qu'importe.


Qu'importe parce que chaque journée est une aventure. Qu'importe qu'on ne mange pas si équilibré !


Qu'importe qu'on ne se soit toujours pas inscrite à ce cours de yoga qui faisait tant envie en septembre - et merde, on est en Mars, dans 3 mois c'est les vacances scolaires... est ce que ça vaut encore la peine ?


Et un mail d'une "pas contente". Pas contente parce que t'as pas tenu tes promesses d'enthousiaste. Parce que les semaines ont défilé trop vite. Parce qu'un an a passé sans que tu te rendes compte de rien... Mais en fait ça n'a pas plus d'importance que ça...


Dans quelques heures, dans quelques secondes tu l'aura oubliée... Même si en temps normal ça t'aurait affectée, t'as pas le temps là maintenant de te soucier de ça. Ouais, t'as merdé, mais vazy on échange nos vies et je veux voir si toi tu ferais mieux. Ok, je suis une merde, m'enfous : j'ai pas le temps de m'apitoyer. Next. Sorry.


Qu'entre temps, t'as foutu en l'air ton mariage, t'as déménagé, t'as affronté 6 fois des crises graves de ton banquier que malgré tout tes traites sont payées.


Que t'as tenu tes comptes à la va-comme-j'te-pousse, mais que "vazy ta gueule, ça tient !". La rage aide pour beaucoup...


Et que de temps en temps, t'as un client aux anges qui t'envoie un shoot en intraveineuse de "chuis trop content de vot' Taff, vazy c'est tellement ça que j'imaginais : t'es un dieu" Et tu signes à nouveau. t'es à l'apogée de ta Life.


Et le lendemain tu te rend compte qu'il y a une semaine, ou deux ou trois qui sont passées et que tu n'as rien vu.


J'ai 33 ans et je gère une boite. Enfin.... C'est ce que je fais croire à ma banquière... En vrai je sais pas tellement ce que je fais à part courir dans tous les sens en agitant les bras.


***


Et puis, la semaine dernière, entre deux agitations, je me suis posée 45 secondes.

On m'a servi un verre.


D'alcool oui.


Avec mes semaines, il m'arrive de boire de l'alcool et votre bien-pensanse, je vous la met ou je pense - passons - On m'a servi un verre.


Dans le calme serein des âmes qui ont tout vu.

De celles qui ne redoutent plus le lendemain. Parce qu'elles ont déjà affronté le pire.

Et cette âme m'a dit que la vie passe trop vite.


Alors je lui ai demandé si elle regrettait d'avoir tant travaillé, elle qui a tant donné - tellement plus que je ne donne actuellement - Est ce qu'elle regrette ? Elle qui est arrivée là ou moi je me projette ?

Elle que les banques appellent "Monsieur" et à qui on fait des courbettes ?

Est ce que ça valait le coup ?


***


Savez vous ce qu'elle m'a répondu ?

Le devinez-vous ?

Que pensez qu'elle fasse cette Belle Âme, tous les matins à 6 heures pétantes ?


Qui croyez vous qui ouvre l'atelier qui a contenu tant de salariés, qui a payé tant de taxes en sang et en sueur ?


Qui voyez-vous appuyer sur le bouton magique qui fait survenir le café bienfaisant alors que le jour n'est pas levé ?


Voilà.


Et malgré cela, il y encore du feu quand cette Âme là parle de son travail.

Il y a de l'amour.

De la Passion.

Il y a de la fierté d'avoir chaque jour nourri sa famille.

Il y a de la fatigue, mais aussi de l'assurance. Il y a de la honte, mais aussi de l'envergure. Il y a cette puissance dans les yeux qui fait reculer d'un pas tous les scribouillards en cravate de soie.


Et même moi. Je recule d'un pas.


Cette puissance qui fait dire que si je ne vais pas travailler demain alors mon petit monde s'écroule et que - c'est peut être pas grand chose mon petit monde - mais c'est le mien... Celui qui m'a tenu pendant toutes ces années, celui qui m'a fait carrer les épaules.


Me lever chaque matin et appuyer sur le bouton de la cafetière.


Cette Fierté.

Du : "je fais de mes mains".

Et toi, que fais-tu des tiennes ?


Cette fierté - j'ai survécu - Regarde moi dans les yeux, petit.

Cette force : plus personne ne peut me faire peur car j'ai regardé en face mes pires craintes et aujourd'hui encore, elles ne m'ont pas attrapé.


Autour d'un vieux whisky. Plus vieux d'une décennie que ma petite entreprise.

Ça aurait pu être un verre d'eau, tout juste issu de la pluie du jour que cette leçon n'en aurai pas été plus puissante.


Merci de ce cadeau.

De ceux qui ne promettent ni monts - ni merveilles.

De ceux qui disent que si tu te bats assez longtemps, tu y arrivera.

A quel prix, tu ne t'en doutes pas.

Mais pour quelle satisfaction, personne ne peux te le dire.

Demain, le réveil sonne à 6h petit scarabée, alors vas te coucher, la semaine n'est pas finie...


Merci pour la leçon Monsieur. Je l'entends.

Et chaque seconde ou je lève le pied, je pense à toi. Parce que de ce que tu en dis, ce sont ces secondes là qui comptent.


Un jour peut être, j'offrirai moi aussi un très vieux whisky et je transmettrai cette impression de puissance en regardant d'un oeil mi amusé - mi apitoyé - un jeune entrepreneur se battre.


Pour son plus grand bien ou pour sa perte, ça ne tient qu'à lui.

Ca ne tient qu'à moi.


Heureusement, demain il y aura du café.

Bonne nuit mes amis. Demain le jour se lèvera, mais je suis fière d'aujourd'hui.



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